La masturbation, une affaire d’homme ?

Mis à jour le
Sep 27, 2022
La masturbation, une affaire d’homme ?
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Sexologue thérapeute
Claire Alquier
Sexologue thérapeute

La masturbation n’est pas qu’une affaire d’homme

Du plus loin que je me souvienne, ma première expérience de la masturbation n’avait pas de nom, mais juste une sensation. 
J’avais 10 ans. Aucune connaissance de mon corps, de la sexualité, et encore moins de MA sexualité. 

Par où commencer, quand on est une fille, pour parler de ça, sans que ce soit trash ou moraliste.
Le but de l’exercice est de pouvoir exprimer mon ressenti, je n’impose rien à personne, mais je me suis rendue compte, à force de lectures féministes, que ce sujet restait néanmoins très tabou, et que nous avions sans doute vocation à rendre cette pratique moins dramatique et plus bienveillante, en partageant nos expériences. Ce témoignage à pour but de vous déculpabiliser, et de vous pousser à vous poser des questions. Est-ce que je ne me touche pas parce que je n’en ai pas envie, ou juste parce que ça ne se fait pas ou que je ne sais pas comment faire? 

Je suis une femme cisgenre hétérosexuelle de 30 ans, je me dis ouverte d’esprit, notamment sur la sexualité, mais à bien y réfléchir, je ne parle jamais de masturbation avec mes amies, où alors rarement, et les réactions sont souvent mitigées. Je me rends compte que peu de nanas autour de moi pratiquent la masturbation, beaucoup d’entre elles n’osent pas se toucher, invoquant le côté malsain, et que la sexualité pour elles, rime avec couple. Pour le deuxième tiers, la masturbation est occasionnelle, et se pratique avec les doigts ou un gode, le plus souvent offert par des copines ou leur partenaire pour « rigoler ». Le troisième tiers, sont des gens comme moi, qui n’ont aucun problème à se faire l’amour de temps en temps, mais qui reviennent de loin.

Depuis le premier confinement, c’est un fait avéré, les ventes de sextoys ont explosé, pour le plus grand plaisir de chacun. 44 % des femmes en ont acheté un. Entre les célibataires en mal de corps, les couples en recherche de sensations et les curieux, le choix ne manque pas.


Mais pourquoi « se masturber » est-il aussi tabou?

Parce que c’est intime, parce que c’est comme aller aux toilettes, ça ne se dit pas forcément, mais aujourd’hui à mon sens c’est un enjeu de société. La libération de la femme passe avant tout par la libération de son corps, une femme qui se masturbe, ça excite les hommes, parce que dans la mémoire collective, c’est une femme qui offre son intimité au regard, alors que perso quand j’imagine un homme se palucher ça me fait pas plus d’effet que ça. Parce que l’image de la masturbation « sale » est tenace à cause du porno, et est relayée au rang de fantasme, et que la sexualité des femmes n’a pas vocation a juste être un fantasme.

J’ai commencé à vraiment prendre conscience que la masturbation existait à 22 ans, oui c’est tard et pourtant… Comme beaucoup d’entre nous, « se masturber » c’était « sale » ou même « ça faisait salope », je réfrénais mes envies quand elles apparaissaient pour ne pas avoir à sentir cette culpabilité. Pour moi, la masturbation c’était pour les garçons, c’était normal, mais pour les filles « non pas besoin on à pas de pénis » et « ils ont plus d’envies que nous ». Mais la masturbation n’est pas qu’une histoire d’homme. On a pendant des milliers d'années occulté les vertues que pouvaient procurer ce clitoris, encore trop peu présents sur nos livres de SVT. Je me rappelle encore de ce film « Oh my God » de Tanya Wexler, qui traite de « l’hystérie féminine » résolu grâce à la découverte du premier vibromasseur, ce qui montre bien à quel point être mal baisée c’est pas la joie.

(Hystérie. Hippocrate parle ainsi de cet animal qui en « se jetant sur le foie, en adhérant aux hypocondres » provoque la « suffocation de la matrice ». Cette crise apparentée à la crise d’épilepsie serait aggravée par la sécheresse de la matrice, elle-même la conséquence de l’abstinence sexuelle.)

C’est drôle quand on y pense, j’ai été élevé dans la religion chrétienne, d’aussi loin que je me souvienne je n’ai pas eu le droit à des sermons me disant que c’était impur, il n’y avait pas forcément de tabous à propos de ça dans ma famille, même si ce n’était jamais évoqué. Et pourtant je me trainais cette culpabilité de l’envie. Le but n’étant pas de rentrer dans des débats philosophiques, je vous conseille « Les religions le sexe et nous » d’Aurélie Godefroy, un petit bijou !

Le sujet est mis sur la table un samedi après-midi autour d’un café. Une amie très proche me raconte qu’elle se masturbe souvent, autant vous dire que n’ayant jamais eu d’orgasmes de ma vie, ça m’a fait tout bizarre. Et en rentrant chez moi, j’ai essayé, me disant que si les sensations étaient telles qu’elle mes les décrivaient ça devait vraiment être le feu.

Et en effet, c’est ce qu’il s’est passé. S’en ai suivi la fameuse auscultation au miroir, pour comprendre d’où venait tout se plaisir, et à quoi finalement ça ressemblait « une vulve ».

Depuis c’est quelque chose dont j’ai du mal à me passer. Parce que ça m’a appris à mieux me connaître, à mieux connaître mon corps et mes envies, à mieux les communiquer à mes partenaires. J’ai appris qu’avant tout, je devais m’éduquer, essayer de comprendre pourquoi me toucher me procurait un sentiment de culpabilité, et aussi pourquoi j’avais la sensation d’être la seule à le faire, parce que c’est tabou. Je me suis rendue compte qu’en temps que femme, cette pratique n’a pas été ré-intérogée, ce masturber pour beaucoup c’est dire qu’on est pas satisfait en couple, comme dit Ben Nevert dans une vidéo « entre mec » sur la bite, « on m’a longtemps fait croire que la masturbation c’est pour les ados, et qu’une fois que t’es en couple il ne faut plus le faire », alors que ça n’a rien à voir. Le plaisir en solitaire, c’est comme aller chez le coiffeur ou la masseuse, ça fait du bien et ça ne regarde que soi.

Maintenant, je suis moins sensible aux injonctions, qui me disent combien de fois je dois jouir, quoi aimer, et comment aimer. Certains aiment se toucher devant du porno, c’est OK; d’autres avec leur imagination, c’est OK; en écoutant de la musique la tête en bas, c’est OK; avec leurs doigts, des vibros ou une banane c’est OK aussi. Je me branle comme dirait certaines.

Pour le débat sur le porno on verra ça plus tard, mais pour l’heure, ça a beaucoup débloqué ma sexualité. Je ne pouvais pas en parler, je ne savais pas quoi faire de mon corps, vers qui m’orienter, et le porno était une valeur refuge. Je regarde beaucoup de pornos lesbiens, car se pose pour moi la question de la domination/soumission dans le porno hétérosexuel (et nous y reviendrons). De regarder deux femmes faire l’amour je trouve ça moins dur, moins simulé, moins trash, et ça a donné un tout autre sens à mes séances solos. Encore une fois c’est une question de goût, mais ça peut en aider certaines.

Avant la masturbation, je couchais pour coucher, je n’avais aucune idée de quoi faire et comment, je ne savais même pas quoi faire de mon propre corps, c’était avant tout pour faire plaisir à mon partenaire, et pas pour me faire plaisir, car pour le coup je n’en avais pas du « plaisir ». C’était une mécanique des corps, un truc que l’on « devait faire » mais en rien un choix, car je ne connaissais pas le but de cette pratique. 

Personne n’a à vous dire quoi faire et comment le faire, mais mon expérience m’a permise de comprendre, que jouir c’est possible, que je n’ai pas besoin de quelqu’un pour me faire du bien et que je ne fais pas peser sur les épaules de mon/ma partenaire une pression pour avoir un orgasme. Tout part de là. L’autre ne peut pas vous offrir ce que vous n’avez jamais pu vous offrir à vous même, vous devez être capable de l’orienter, de lui dire que vous n’aimez pas, car qui mieux que vous connait votre corps. Dans le cas contraire, vous êtes de petites chanceuses.

Pour ma part je n’attends plus de l’autre qu’il me fasse jouir, je ne base donc plus mon couple sur l’orgasme mais sur le ressenti de l’acte et mes sentiments. Faire l’amour n’est plus une performance ou une course à la jouissance. Aujourd’hui je n’aime pas vraiment les préliminaires, et pas parce qu’ils sont mal fait, mais juste que l’acte pénétratif, le corps de mon/ma partenaire contre moi ça me plait plus, les préliminaires j’en fais mon affaire. Et c’est OK aussi. Mais dans le fond y a t’il vraiment des règles ? Je ne pense pas.

Alors touchez-vous, découvrez-vous, et libérez vos envies sans culpabiliser, pour une fois qu’un truc peut se consommer sans modération et sans prendre un pet de graisse ;) Foncez !

Marie L.

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Paul Thiroloix
Rédacteur.trice
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